une collection de récits et d’expériences qui prennent le temps
extraits
« Je n’ai jamais pris personne en stop. Montez. »
« Ça a été une révolution. À 23 ans, ma vie a complètement changé. »
« Vous êtes sûr que vous n’êtes pas un tueur en série ? »
« Beaucoup pensent que les autostoppeurs meurent de haine et de vin chaud. Il n’en est rien. Encore que… »
« En échange de cinq euros, des chômeurs acceptent de monter dans un véhicule, ce qui permet au chauffeur de respecter l’obligation de covoiturage et de ne pas se faire verbaliser. »
« Le stop est peut-être un des derniers espaces (publics?) où on peut rencontrer n’importe qui, et où presque toujours on finit par parler. »
« Il est plus facile de stopper quelqu’un quand il est à l’arrêt. »
Devant toi, 300 mètres
« C’est fou comme nos gosses grandissent ! On ne voit pas le temps passer ! Vous ne trouvez pas ? »
La route défile devant le coucher de soleil qui manifeste avec des banderoles sa puissance malgré le froid. La neige s’accroche aux arbres comme des enfants aux balançoires.
« En Somalie, j’étais sniper. Il y avait des gosses avec des fusils-mitrailleurs ou des grenades en main. Mon chef me dit : « Fred, devant toi, 300 mètres ! » Je suis para, c’est mon boulot, je dois faire ce qu’on me dit. J’ai tiré.
« Au Rwanda, j’étais sniper aussi. Là aussi, il y avait des gosses. J’aime pas trop parler de ça devant les enfants. C’est mon métier, mais depuis je ne suis plus le même. Je crois que ça ne se voit pas à l’extérieur. Je ne suis pas devenu violent. Je n’ai pas pété un câble. Je ne suis pas devenu alcoolique. Mais je ne suis plus le même. »
Ballet en Palestine
Gaza est en grève. Tous les magasins sont fermés. Les rues ne sont que volets tombés. Vides. Sauf, par endroits, des groupes de jeunes et de poubelles. C’est la première Intifada. Les soldats israéliens sont partout en ville. Dans des jeeps ou sur les toits.
J’assiste au ballet d’une vieille ambulance. Elle fait de multiples détours à cause des barils remplis de béton que l’armée israélienne a empilés sur plusieurs rangées pour bloquer toute la largeur de beaucoup de rues. Il n’y a qu’un mince tourniquet qui, difficilement, permet aux gens de passer.
Se déplacer n’est vraiment pas évident. Pas de bus, pas de taxis, quasi pas de voitures. Surtout des véhicules militaires israéliens. Je marche beaucoup. Et, une fois ou l’autre, je monte à l’arrière d’un pick-up. Je ne sors pas mon pouce mais je demande aux gens de m’emmener et, surtout, j’accepte quand les gens me le proposent. De toute manière, c’est de tout petits trajets. La Palestine, c’est des confettis. Dès que l’on passe de l’un à l’autre de ces confettis, on a l’impression d’un voyage à l’autre bout du monde. Ça sent d’ailleurs la prison, comme dans la bd « Balade au bout du monde » de Makyo et Vicomte. Coupé du monde. Comme un étouffoir.

